D’où vient l’idée de proposer ce service de photographie de famille à domicile ?

C’est une réflexion de longue date !
Certaines études ont conforté mon approche comme notamment le travail de sociologues telle Irène Jonas. Je cite :

Dès 1839, date officielle de son invention, la photographie se focalise sur le portrait, la grande demande des contemporains. Chacun veut le sien. Grâce à elle, les gens ordinaires ont droit d’accéder au privilège des plus aisés. Les Rembrandt, Vermeer, Velázquez ont été supplantés par un portraitiste sans prétention, dont le nom se confond immédiatement avec son slogan :

“Clic clac, merci Kodak”

De 1888 – un boîtier en bois, fermé, que l’usine retourne rechargé avec les cent clichés développés – à l’Instamatic de 1963, la firme de l’industriel américain George Eastman a accompagné, voire devancé, cet insatiable désir de représentation.En 1900, son génial Brownie Kodak permet « aux enfants de 10 ans de montrer à leurs familles attendries des images qu’on déclare supérieures aux oeuvres les plus habiles », témoigne alors un chroniqueur. Le journaliste Alfred Lichtwark touche au coeur du problème lorsqu’il constate en 1907 qu’il « n’existe à notre époque aucune oeuvre d’art que l’on considère aussi attentivement que son propre portrait photographique, ceux de ses parents, de ses amis ou de l’être aimé ».

Aucune autre image n’aura jamais ce pouvoir de fascination hypnotique. On en a tous fait l’expérience en se plongeant dans nos albums. On se penche d’abord sur nos propres reflets. On s’ausculte.

Ainsi, à ses débuts, la photo de famille était très posée. Figée en fait. Le modèle était appareillé avec des prothèses métalliques pour l’empêcher de bouger. Les lentes émulsions chimiques n’offraient pas d’autre solution. Les progrès techniques ont permis de sortir du studio des professionnels mais la pose, elle, est restée. Plus naturelle, mais toujours solennelle.

Depuis la fin des années 1960, la photographie familiale a connu de profonds changements, à l’image des mutations de la famille qu’elle immortalise. Nous assistons alors à la disparition progressive de la photographie posée pour des prises de vue saisies sur le vif.

Et l’apparition du numérique semble aujourd’hui accentuer cette tendance et soulève de nouvelles questions dont celles du nombre phénoménal de photos réalisées à l’opposé du tirage papier et de la constitution d’albums. La photographie numérique familiale s’éloigne donc de sa fonction primaire de gardienne de la mémoire pour devenir un acte social de communication d’émotions via Facebook et consorts. Si au soulagement de beaucoup, le numérique et l’informatique libèrent des espaces anciennement occupés par les négatifs et les tirages papiers, quelle est la destinée des images numériques à long terme et quelle place auront-elles dans la mémoire familiale ?

Extrait des excellentes Études photographiques, par Irène Jonas, « Portrait de famille au naturel », du 22 septembre 2008.

C’est donc à partir de ce questionnement que le projet leportraitdefamille.com est né. Redonner ses lettres de noblesse à la photographie de famille d’antan, en proposant des images au sens habituel du terme soit en prenant la forme d’une épreuve permanente, revue par les technologies d’impression actuelles en grand format.

A propos de l’auteur : Irène Jonas est sociologue indépendante, membre de l’Association française de sociologie. Elle a publié aux éditions L’Harmattan L’Individu auto-déterminé (2003). Ses travaux actuels portent sur le genre et sur la photographie de famille. Elle a récemment publié “Photographies de famille : évolution des techniques et mutation familiale”(2008), in Les Arts moyens aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, 2008 et “La photographie de famille au temps du numérique”, Enfances, Familles, Générations, no 7, automne 2007.